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L’art de bâtir et de présenter un portfolio créatif

Votre objectif bien en tête

Une erreur que plusieurs chercheurs d’emploi font lorsque vient le temps d’envoyer leur candidature est de postuler sur l’ensemble des postes possibles dans l’industrie, en espérant qu’une correspondra magiquement à leur profil. Avant de démarrer toute recherche d’emploi et la présentation d’un portfolio créatif, plusieurs pistes de réflexion sont à considérer :

  • Quel est votre objectif ?
  • S’agit-il d’un poste en tant que généraliste ? De spécialiste ?
  • Aimez-vous explorer plusieurs aspects du travail artistique ou souhaitez-vous vous concentrer sur une discipline
  • particulière que vous aimez ?
  • Dans quelle sorte de structure voudriez-vous évoluer ?
  • Sur quel genre de projet aimeriez-vous travailler ?
  • Avec quelles technologies et quels logiciels voudriez-vous travailler ?

Toutes ces questions, aussi complexes qu’elles puissent être, seront ce qui déterminera exactement la façon dont vous présenterez et alignerez votre portfolio, peu importe l’entreprise ou l’industrie dans laquelle vous souhaitez évoluer.

Le mythe du « one size fits all »

C’est un fait, le marché de l’emploi dans l’industrie au Québec est vaste et diversifié, et on y trouve des studios ayant des besoins très différents les uns des autres. Les affichages de postes ont tous des prérequis précis en termes de style, de complexité, de logiciels ainsi que de compétences techniques selon les métiers et la spécialité. Ce que je tends à suggérer est d’avoir une bibliothèque complète de vos travaux et pièces à présenter, et de venir adapter le matériel présenté selon les besoins spécifiques du poste sur lequel vous voudrez postuler. Par exemple, vous voyez un poste en tant qu’artiste de textures dans un studio que vous admirez, et votre portfolio tend à être plutôt généraliste, incluant des textures, mais également de la modélisation, de l’animation, des effets visuels et de l’éclairage.

En tant que recruteurs, lorsque nous recevons des candidatures en très grand nombre, nous allons rapidement concentrer nos recherches sur les candidats ayant clairement un intérêt, des compétences ainsi qu’un portfolio qui tend à mettre en valeur le travail en textures de façon très claire.

Une bonne chose à faire dans cette situation-ci serait de venir isoler votre travail en textures dans un fichier précis afin que l’on comprenne bien que vous avez pris connaissance des prérequis et qu’il s’agit d’une compétence que vous possédez. Rien ne vous empêche ensuite de le réajuster lorsque viendra le temps d’explorer d’autres disciplines. Essayez de vous mettre dans la peau du recruteur et du gestionnaire embaucheur qui cherche à aligner votre portfolio avec un besoin précis. 

 

L’hyperspécialisation… ou non !

Avec la venue de grands studios internationaux et la naissance de petits studios locaux et indépendants, les besoins dans l’industrie sont grands, mais très différents les uns des autres. On peut observer, au sein de l’écosystème québécois, une tendance vers l’hyperspécialisation lorsque l’ampleur du projet augmente. Le travail des artistes sera donc très différent selon la structure en place, et votre portfolio devrait donc représenter cette différence. Si un studio cherche par exemple un travail très diversifié, votre portfolio devrait bien représenter votre versatilité, tandis qu’un travail spécialisé devrait avoir un échantillonnage de votre travail moins grand, mais beaucoup plus spécifique. En tant qu’artiste, il est bon de savoir à l’avance quel genre de travail vous plaît, que ce soit en tant que spécialiste ou généraliste, à l’intérieur d’une équipe. Ceci vous aidera grandement à cibler vos recherches et ainsi avoir un portfolio adapté à ce que l’employeur recherche. 

 

Le travail extracurriculaire

On me pose souvent la question si le travail artistique personnel a sa place dans un portfolio. Ma réponse : s’il est bien positionné, dans une section autre de votre portfolio, absolument ! Il m’est très souvent arrivé de rencontrer des gestionnaires intéressés d’abord par le travail personnel avant le travail académique ou professionnel. Par exemple, un superviseur en modeling peut être curieux de voir vos compétences en sculptures, un superviseur du compositing peut être curieux de voir votre travail avec la photographie, et un superviseur en création de personnages pourrait être curieux de voir votre talent en dessin anatomique à main levée. Ce travail artistique a donc sa place dans votre portfolio, toutefois dans une section bien identifiée. Si on pousse l’exercice plus loin, je prendrais également soin de mettre en lumière ce travail dans votre CV, dans la section “intérêts”. 

Le format

Concernant le format du portfolio, j’ai tendance à y aller avec un principe de simplicité : on veut pouvoir avoir accès à votre travail à l’aide d’un clic, en haute résolution, sans publicité et idéalement sans mot de passe (à moins d’un contenu confidentiel). Peu importe la plateforme (Art Station, Behance, Youtube, Vimeo, Site Web personnalisé, etc.), avoir accès rapidement et facilement à votre travail est primordial. Je vous déconseille donc les sites web très créatifs et complexes et les montages ultra rapides, et vous conseille de concentrer votre travail de conception vers le contenu plutôt que le contenant. Également, votre travail artistique, surtout en tant que nouveau diplômé, sera souvent collaboratif. Il est important de bien expliquer votre implication dans les projets de groupe, si minime soit-elle. Vous pouvez très bien insérer une pièce artistique de groupe dont vous êtes fiers même si vous n’avez pas fait 100 % du travail, il suffit de bien l’indiquer.

Les rotations 360 degrés pour les projets statiques en 3D sont très souvent appréciées et seront probablement ce sur quoi un gestionnaire passera le plus de temps. Dans le domaine des effets visuels, en composition d’images par exemple, un mode de visionnement de votre travail par étapes de composition (en couches) est généralement très apprécié afin que l’on voit bien votre processus créatif. 

Une petite note sur la confidentialité. Tout au long de votre carrière, vous allez vouloir ajouter des pièces de votre travail sur des projets professionnels. Assurez-vous bien d’obtenir toutes les autorisations et informations nécessaires de votre employeur (ou ex-employeur) sur les droits de diffusions de ces pièces. Par exemple, certains employeurs vous donneront l’autorisation, mais vont exiger que les travaux soient protégés avec un mot de passe. Les paramètres de cette confidentialité sont très souvent dans l’entente de confidentialité signée à votre embauche. Cela pourrait vous éviter d’éventuelles poursuites judiciaires.

La qualité versus la quantité

Je rencontre régulièrement des candidats, souvent nouveaux diplômés, qui angoissent à l’idée de ne pas avoir assez de matériel dans leur portfolio, comme si avoir plus de matériel voulait dire qu’on venait automatiquement augmenter les chances d’obtenir un poste. Je tends plutôt à privilégier la qualité, même que j’ai très souvent observé certains candidats mettre leur meilleur travail d’abord pour ensuite voir la qualité du travail diminuer au fil du portfolio. Les gestionnaires présents lors de l’analyse de la candidature viennent donc remettre en question le jugement ainsi que les standards de qualité des candidats ayant cette tendance. Lorsque vous regardez une de vos pièces, consultez vos collègues, professeurs ou mentors afin d’obtenir une rétroaction juste, et si vous jugez que votre pièce ne représente pas votre niveau de qualité de travail optimale, je vous suggère fortement de retirer cette pièce de votre portfolio et d’y investir plus de temps jusqu’à ce qu’elle rencontre vos standards de qualité représentant votre meilleur travail.

En termes de longueur et de nombre, il y a une certaine variation selon les contextes, mais en moyenne, on peut retrouver entre 3 et 10 pièces statiques (modeling, texture, éclairage, concepts) ou entre 20 et 60 secondes d’animation 2D ou 3D. Le nombre de pièces et la longueur varient selon le niveau d’expérience, mais ceci peut vous donner une bonne moyenne du marché.

Comme bonne pratique, je suggère également d’ajouter régulièrement des travaux professionnels dès que disponibles tout au long de votre carrière afin de démontrer votre évolution et d’attirer les belles opportunités. On ne sait jamais quand on se retrouvera en situation de recherche d’emploi, vaut donc mieux être préparé à toute éventualité. 

La force du story-telling

On arrive à la fin, vous y êtes presque, et vos pièces sont bien adaptées à votre ambition, vos objectifs et votre projet de rêve. Bravo ! Une chose que plusieurs artistes oublient est de bien « raconter » leur portfolio. Trop souvent, en entrevue, les candidats ayant un niveau de stress élevé peuvent figer ou oublier des détails importants lorsqu’est venu le temps de parler en détails de leur travail. Je vous conseille donc de faire un exercice de rédaction en structurant et en vous racontant votre processus créatif avec les points suivants :

  • Les défis humains et les dynamiques d’équipe
  • Vos inspirations 
  • Le temps alloué
  • Les logiciels
  • Le contexte
  • Ce qui a été donné comme consigne à la base
  • Ce que vous feriez de différent

Je vous conseille donc ici de vous préparer en vous remémorant les faits saillants de vos pièces, ce qui viendra considérablement faire baisser votre niveau de stress en contexte d’entrevue (bonjour aux introvertis).

Le feedback de la communauté

La communauté est très active, et plusieurs mentors peuvent vous être disponibles afin de vous donner un feedback honnête sur votre travail. N’hésitez donc pas d’aller chercher différents avis de vos collègues, mentors ou professionnels de l’industrie. Les médias sociaux débordent de groupes de discussion, et je vous encourage à vous impliquer et à partager votre travail, cela vous donnera des trucs afin de perfectionner votre travail lorsque sera venu le temps de postuler pour un emploi.  Un bon exemple est un gestionnaire que j’estime beaucoup, Patrick Heumann, Directeur de l’animation à Montréal, détenant plusieurs années d’expérience. Il y fait des capsules ‘’Honest Reel Review’’, disponibles juste ici.

Bonne carrière à tous !