SÉRIE : "Les implications écologiques du divertissement numérique ou les coûts cachés de l'Innovation"
Par La Société des demains
2024-01-22
Par La Société des demains
2024-01-22
Tout comme le terme métavers, il y a beaucoup d’antécédents plus ou moins heureux autour des différentes technologies reliées aux crypto-monnaies. Pour simplifier à outrance, disons que la spéculation et le potentiel des idées derrière ces technologies méritent d’être séparés.
Commençons par un concept, la « tokenisation », le fonctionnement par jetons. Dans l’écosystème de la blockchain, les jetons sont des actifs qui permettent de transférer, de stocker et de vérifier des informations et de la valeur de manière efficace et sécurisée. Ces crypto-jetons peuvent prendre de nombreuses formes et être programmés avec des caractéristiques uniques. La vérifiabilité des actifs, et souvent leur unicité, est à la base de l’intérêt pour ces technologies.
La chaîne de blocs — en fait les chaînes de blocs puisqu’il en existe plusieurs — permettent aussi d’emmener la rareté (scarcity) sur internet, puisque par défaut il n’y a pas vraiment de limites d’espace ou de nombre de copies sur internet. Beaucoup de l’emballement autour de la crypto portait sur la propriété de monnaie ou d’actifs uniques, comme les œuvres numériques NFT (jetons non fongibles). Cependant, un jeton peut aussi être associé à une fraction de droits sur une œuvre, un droit de vote dans une organisation décentralisée (DAO), ou à un contrat intelligent utilisé pour un échange plus complexe.
L’empreinte carbone de la technologie blockchain peut être attribuée à la consommation d’énergie liée à « l’exploitation minière ». Le minage dans ce contexte consiste à résoudre des algorithmes mathématiques complexes pour vérifier les transactions et créer de nouveaux blocs sur la blockchain. Selon le Cambridge Centre for Alternative Finance (CCAF), le bitcoin consomme actuellement environ 141.86 térawatt-heure (TWh) par an, soit la consommation annuelle de pays comme le Vietnam ou la Pologne. De plus, une bonne part de cette électricité n’est pas propre. Récemment, 21% du minage était encore fait en Chine, où 76% de l’énergie consommée provenait du charbon et du pétrole brut. L’extraction de crypto-monnaies génère également d’importants déchets électroniques, car le matériel d’extraction devient rapidement obsolète. C’est particulièrement vrai pour le type de microprocesseurs spécialisés conçus pour la production des crypto-monnaies les plus populaires. Selon Digiconomist, le réseau Bitcoin génère environ 73.05 kilotonnes de déchets électroniques par an.
Toutefois, le secteur de la blockchain n’ignore pas son empreinte environnementale et prend des mesures pour la réduire. Dans ce contexte, la transition d’Ethereum de la preuve de travail (Proof of Work, le « minage» ) à un système de preuve d’enjeu (Proof of Stake (PoS)) constitue un développement essentiel. Ce changement, appelé « la fusion », a changé la donne en réduisant la consommation directe d’énergie d’Ethereum d’un spectaculaire 99 %. Le PoS élimine le besoin de minage énergivore et s’appuie sur les validateurs qui « mettent en jeu » leurs jetons en guise de sécurité, ce qui rend le processus considérablement plus économe en énergie. L’entièreté des opérations d’Ethereum est aujourd’hui minuscule comparée à d’autres services numériques. Netflix, par exemple, consomme 175 fois plus.
Au-delà des monnaies, le potentiel organisationnel du Web3, en particulier à travers les Organisations Autonomes Décentralisées (DAO) et les contrats intelligents, est intrigant. Les DAO utilisent la confiance et l’immutabilité de la blockchain pour permettre une nouvelle forme de gouvernance collective. En intégrant des règles d’opération dans des contrats intelligents qui sont transparents et irréversibles, les DAO distribuent le pouvoir parmi leurs membres, remettant en question les hiérarchies d’entreprise traditionnelles. Ils ont été utilisés pour gérer une variété d’organisations, des entreprises aux organismes à but non lucratif, et pourraient être utilisés en combinaison avec la mutualisation de ressources en utilisant des jetons. De plus, les valeurs démocratique de la plupart des DAO permettent un modèle axé sur la contribution, où la valeur et l’apport de chaque membre sont reconnus au-delà des qualifications ou des titres traditionnels, incarnant l’esprit égalitaire du Web3.